Gael Faure - De silences en bascules

Interview - Le 08/03/2014 par Nina

Sorti le 10 février 2014, l’album de Gael Faure, « de silences en bascules » renferme une complexité insaisissable, fuyante. Les mots se superposent aux sensations, aux grands espaces, ne prenant sens qu’une fois l’intégralité des accords composée. Ce qui devait être une interview de plus s’est fait supplanter par une discussion, belle et espiègle.

Sorti le 10 février 2014, l’album de Gael Faure, « de silences en bascules » renferme une complexité insaisissable, fuyante. Les mots se superposent aux sensations, aux grands espaces, ne prenant sens qu’une fois l’intégralité des accords composée. Ce qui devait être une interview de plus s’est fait supplanter par une discussion, belle et espiègle.

Tu as participé à la nouvelle star, et depuis ?

C’était il y a huit ans, je faisais un peu de guitare chez moi tout seul, mais je ne pensais pas pouvoir en faire ma vie. Quand tu prends tant de plaisir avec simplement une guitare et que les gens te le font ressentir, c’est assez énorme. J’ai fait beaucoup de concerts, et je me suis un peu rencontré moi même à travers ces dates. Je faisais des reprises parce que je n’avais pas encore le répertoire pour tenir un concert entier. Et puis au fur et à mesure, j’ai commencé à faire des concours, on a commencé à écrire des textes. J’avais beaucoup de chance, des gens qui me soutenaient, je me suis improvisé mon propre booker, mon propre agent, j’envoyais des démos. A ce moment là, tu as l’âge que t’as, mais jamais je ne cracherais sur le fait que j’ai fait la nouvelle star, ça a été une super opportunité, après ce n’est pas ce qui m’a fait vivre mais c’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier.

Les chansons qui sont dans l’album ont été écrites il y a un bout de temps, n’est-ce pas difficile des années plus tard d’assumer des textes qui ont été écrits à un moment où tu étais différent d’aujourd’hui ?

Il y a un décalage naturel, ce sont des chansons qui évoluent, la scène ça sert à ça, je joue maintenant avec des musiciens. Une chanson, ça reste cristallisé dans le temps. Ca reste aussi bon et ça évolue, ma voix évolue, mon jeu de guitare évolue, les musiciens, ça peut aussi être un instrument qui apporte autre chose. Du coup je me sens en décalage mais je suis plus surpris de ce qu’on peut en faire de nouveau et ce, agréablement pour la plupart.

Comment se passent l’écriture et la composition ?

J’ai composé tous les titres sur cet album, j’ai amené les thèmes des chansons parce que ça me tenait à cœur, je n’ai pas écrit à proprement parler parce que je ne me sentais pas encore l’assise nécessaire de le faire. J’ai fait appel à plusieurs auteurs, je leur ai proposé des choses, je leur ai demandé si ça leur plaisait et puis on est parti comme ça donc effectivement il y a cinq auteurs différents. Certains sont un peu connus, d’autres moins et c’est ça qui est intéressant ; avoir plusieurs écritures mais avec une cohérence assez présente sur l’album.

Ces auteurs peuvent voir quelque chose en toi que tu n’arrives pas encore à exprimer ?

C’est exactement ça, ils traduisent un petit peu qui tu es et ce d’une manière très objective, très simple et très spontanée. Y’en a deux ou trois avec qui j’ai vraiment passé de très bonnes soirées. On va souvent faire des bouffes, on sort, on boit des coups, on est des potes, ou on l’est devenu. C’est important de rentrer dans la personne pour savoir ce que lui veut vraiment dire et veut exprimer. C’est dur de parler de soi à la première personne, et c’est peut être pour ça que je n’ai pas encore voulu écrire. Après, on n’est pas obligé de parler de soi mais je trouve que pour un premier album, il est important d’essayer de ne pas avoir trop de pudeur.

Concernant l’écriture, à partir de quel moment te dis tu qu’un texte est bon ?

Quand tu lis un texte sans musique, parfois tu n’es pas sur du tout et puis tu commences à mettre ça en bouche avec les accords et à l’interpréter réellement, en y croyant. Là il peut vraiment se passer un truc. Je travaille beaucoup à l’instinct, si ça ne marche pas sur les deux ou trois premiers essais, c’est que ça ne doit pas être pour moi, que ça ne marchera pas.

Pour toi, c’est important d’assumer le fait de ne pas être auteur et de faire reconnaître ces personnes?

Cet album est plus une collaboration qu’un projet uniquement personnel portant ton nom?

C’est très important dans le sens où une chanson c’est une composition mais c’est aussi des textes et à partir de ce moment là tu ne peux pas nier que c’est un travail de groupe et c’est très bien. En Europe, on est fort axé sur ce qu’on fait nous et on n’ose pas assez ouvrir avec les gens, alors que par exemple, aux Etats-Unis, les gens sont une vingtaine sur une seule et même chanson pour créer le tube planétaire.  Il y a un travail de groupe qui est pour moi important et hyper nécessaire, après il y a toujours des critiques disant qu’il ne s’agit pas vraiment de moi, mais c’est de moi que les auteurs parlent dans cet album, ils m’ont découvert.

Tu participes à d’autres collaborations que celles avec les auteurs qui écrivent pour toi ?

J’ai composé récemment pour d’autres personnes. J’adore ça. C’est un exercice assez nouveau où il faut rentrer dans l’univers de l’artiste et t’oublier toi et c’est ce que les auteurs font pour moi. C’est enrichissant pour toi parce que tu vas chercher d’autres choses de ta personnalité.

Au niveau de la chanson française, c’est dur d’innover aujourd’hui? Tout a été fait ? On a tendance à catégoriser démesurément ?

En France, on a besoin de mettre tout dans des cases d’une manière très poussée. Je n’invente rien, mes textes sont en français, ce que je trouve intéressant dans mon projet est le fait d’avoir des compos qui se prêtent plus à des chansons anglo-saxonnes mais avec des textes en français. C’est là un vrai défi sur cet album d’avoir un vrai parti pris. 

Par contre, faire ce projet sur des chansons presque POP, dans ma langue, est un challenge plus beau pour moi et plus jouissif. Même si j’adore aussi chanter en anglais, la langue française reste une langue magnifique. Mais je ne sais pas où l’industrie d’aujourd’hui veut aller. Si certains poètes se réveillaient aujourd’hui, ils se demanderaient où est passée la langue de Molière.

Quelles sont tes influences ?

Mes influences sont surtout des groupes de notre génération actuelle, Agnès Obel, Beirut, The other lives, Nicolas Jaar, j’ai écoute du U2 et du Coldplay quand j’avais 15 ans et c’était très bien. J’aime un mélange entre l’électro pop et la chanson française sauf que je n’écoute pas de chanson française. Je ne me suis pas penché là dedans pour l’instant, mais je commence à le faire et je me rends compte à quel point on est loin derrière le jeu de scène de ces artistes, de ce qu’ils disent et avec tellement de tripes. Aujourd’hui, on est beaucoup censuré, il faut rentrer dans des codes. Je ne suis pas un mec qui dénonce quoi que ce soit ou alors c’est un peu caché, mais j’essaye aussi d’avoir mon avis, de ne pas rentrer trop dans le pathos.

La photo du single « tu me suivras » est-elle en lien avec la scène de cloture du film Into The Wild ?

Je vois très bien cette scène, c’était involontaire, mais je suis ultra fan de ce film, j’ai aussi lu le livre et écouté les chansons. Le lien n’est pas du tout voulu avec la photo, je suis crevé à ce moment là pendant le tournage du clip. D’ailleurs, je me suis fait arrêter dans l’avion en allant en Thailande, une fille pensait que j’étais Emile Hirsch, j’ai signé pour lui, c’était ridicule.

Le recul que ce mec prend pour se comprendre, c’est ce que tu as fait pendant que tu étais sur scène ces dernières années, te remettre en question continuellement ?

On peut le voir effectivement comme ça, c’est ça clairement, y’a un vrai parallèle. Tu as une espèce de notoriété factice, encore une fois, je ne crache pas dessus, c’est juste une réalité des choses, mais tu es à la télé, l’autre monde, le produit, les paillettes, les strass. Tu ne viens pas du tout de là mais vu que tu ne connais pas le milieu, tu trouves ça drôle, tu le prends comme un jeu. Mais je savais que ce n’était pas du tout ce que je voulais, c’est très dur, tu es tellement mis en avant et adulé par tout le mode pour rien que si tu n’as pas la tête sur les épaules et un bon entourage c’est difficile à gérer.

J’ai refusé plusieurs projets qui ne me correspondaient pas. Je suis reparti de zéro, j’ai pris le risque, je préférais faire ça en me respectant plutôt que de surfer sur une notoriété pour juste gagner de la thune.

J’ai pris un risque énorme parce que j’y suis allé solo et il fallait quand même vivre, et je trouve ça cool qu’on le souligne.

Bruxelles t’inspire?

Bruxelles m’inspire d’une certaine manière, chaque lieu inspire un peu, le fait de bouger, je suis très dans le ressenti des lieux. Une guitare te permet de bouger, elle fait partie de toi.

Les mots entrainent les images, les sons, eux, sont moins dociles, et n’existent vraiment que lors de l’instant. Gael Faure se produira le 10 avril prochain en première partie de Tryo au Cirque Royal. 

 

Crédits photos:
Album - Hélène Pambrun

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